Laissons-nous saisir

"Tu n'as pas besoin d'être différent pour que Jésus t'aime. Crois seulement que tu es précieux à ses yeux. Apporte toutes tes souffrances à ses pieds. Ouvre seulement ton coeur pour qu'il t'aime tel que tu es ; il fera le reste." Ste Mère Teresa (Üsküb, 1910 - Calcutta, 1997)

jeudi 6 juin 2013

Quand la révolte peut déboucher sur le remords et la conversion (la parabole du Père et ses deux fils (Matthieu 21, 28-32))

Mercredi 5 juin en matinée, une rencontre imprévue au collège avec 2 élèves de 6° et 5° qui avaient toutes les 2 deux heures d'étude fut l'occasion d'un échange inédit, sur le thème de la conversion de soi...
Après avoir cherché des sujets de réflexion pouvant les intéresser (séance de catéchèse douce totalement improvisée), nous avons utilisé un numéro hors-série de la revue Initiales qui traitait de la construction de sa vie relationnelle et affective, et les échanges nombreux n'ont pas tardé..!

Lorsque nous avons abordé le dossier "Loi et Liberté", les deux élèves se sont accordées sur le choix d'un passage d’Évangile étonnant, dans la mesure où nos deux collégiennes du jour comptent parmi des élèves "agitées" habituellement, il s'est soudain dégagé une sérénité troublante dans le choix de ce passage, et son interprétation peut les amener un jour à entrevoir la lumière de Dieu dans leur cheminement respectif.

Mais d'abord, pourquoi "Loi et Liberté" par rapport à la construction de sa vie relationnelle et affective ?

Tout simplement parce que Dieu nous a fait le plus grand don de la liberté, et sans elle, aucun amour n'est possible. Pour autant, cette liberté nous expose à des choix qui quelquefois nous aliènent... aucune loi ne nous protège de ces mauvais choix, qu'au milieu elles (les lois) se contentent de nous signaler. Nous vivons  désormais sous une loi de grâce.

Voici donc le passage d’Évangile que les 2 élèves ont choisi :

"Jésus disait aux chefs des prêtres et aux anciens : « Que pensez-vous de ceci ? Un homme avait deux fils. Il vint trouver le premier et lui dit : ’Mon enfant, va travailler aujourd’hui à ma vigne.’ Celui-ci répondit : ’Je ne veux pas.’ Mais ensuite, s’étant repenti, il y alla. Abordant le second, le père lui dit la même chose. Celui-ci répondit : ’Oui, Seigneur !’ et il n’y alla pas. Lequel des deux a fait la volonté du père ? » Ils lui répondent : « Le premier ». Jésus leur dit : "Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu. Car Jean Baptiste est venu à vous, vivant selon la justice, et vous n’avez pas cru à sa parole ; tandis que les publicains et les prostituées y ont cru. Mais vous, même après avoir vu cela, vous ne vous êtes pas repentis pour croire à sa parole."

Commentaires :

La vigne représente toujours, dans les paraboles du Christ, le Royaume de Dieu. Nous sommes par la foi enfants de Dieu et membres de son Royaume. Nous sommes donc appelés à y vivre et à y œuvrer, à y produire les fruits de la foi.
La réponse du premier fils est un refus brutal et catégorique, il se révolte ouvertement. Puis il regrette ce qu'il a dit et il a des remords. Il comprend qu'il n'a pas eu la bonne attitude et fini par se rendre dans la vigne, se comportant en fils obéissant.
Le père envoie aussi son deuxième fils dans la vigne. Tous les deux doivent y travailler. Il y a dans le Royaume de Dieu de la place pour tous les hommes. L'invitation, l'appel est aussi sérieux pour les uns que pour les autres.
Mais le deuxième fils, après avoir accepté ("Je veux bien, seigneur" : il ne conteste pas, ne tergiverse pas, il est immédiatement d'accord), n'y va pas, sa promesse est un mensonge.
On s'attendrait presque à voir entrer en scène un troisième fils, le fils modèle, celui qui promet et qui s'exécute. Mais ce fils apparemment n'existe pas, pas plus qu'il n'existe dans la parabole du fils prodigue. Il n'y a pas de saints dans le Royaume de Dieu. Il y a là des gens qui sont à la fois pécheurs et justes, mais personne n'y est sans péché.
Lequel des deux a fait la volonté du père? Jésus prend ses interlocuteurs au mot. Il leur applique sans ménagement la réponse qu'ils lui ont donnée. Quoi qu’ayant promis de faire la volonté du Père céleste, ils ne l'ont pas faite. Les publicains et les prostituées ont fait le contraire: ils ont vécu dans le refus de la volonté de Dieu, dans le péché, mais ils se sont repentis et ont changé de conduite. Ils les précéderont donc dans le Royaume de Dieu. Les pharisiens, scribes et membres du sanhédrin ont, comme le deuxième fils, dit oui à la volonté de Dieu, mais n'ont pas obéi.
Les pharisiens et les scribes, ayant assisté à la conversion des publicains et des prostituées et constaté ainsi la puissance de l’Évangile, son grand pouvoir de régénération et de sanctification, auraient pu se repentir. Mais ils ne l'ont pas fait. Ils auraient eu deux raisons de croire Jean-Baptiste: d'une part, le contenu de son message et l'exemple qu'il leur donnait; d'autre part, les effets salvifiques de ce message sur les publicains et les gens de mauvaise vie.

La parabole nous présente Dieu comme un Père plein d'amour et de bonté. Les hommes sont donc appelés à être des enfants bien-aimés et des héritiers de la vie éternelle. Cela, nous le devons au Christ qui nous a réconciliés avec Dieu, rachetés et sauvés.
La vigne est ce que Dieu a de plus précieux. Il fait confiance à ses fils, il la leur confie. Il les élève au rang de responsables, de collaborateurs. La vigne du père est aussi celle de ses fils.
"Non !" Le premier fils aurait pu dire oui, il dit non. L'homme est ainsi fait. L'enfant apprend à dire non, avant de savoir dire oui. C'est au fond l'essence du péché. Il est révolte, opposition, désobéissance, refus. Mais ce qu'il y a d'extraordinaire, c'est que Dieu accepte ce non. Il sait encaisser le non des hommes. Consolons-nous comme parents, quand il arrive que nos enfants nous disent non. Cela arrive aussi à Dieu. Cela ne prouve donc pas nécessairement que nous élevions mal nos enfants, que nous soyons de mauvais parents. L'amour réel, authentique, sait accepter le non. Il n'impose rien, mais place devant un choix. L'amour ne crée pas le non (c'est le fils qui l'a prononcé et non le père), mais il l'accepte, parce qu'il croit la repentance possible.
"Oui !". Le deuxième fils est bien élevé et poli. Mais ce qui frappe, c'est qu'en appelant son père "seigneur", il n'est pas sur le terrain de la grâce, mais sur celui du droit; il ne marche pas sur le chemin de l’Évangile, mais sur celui de la Loi. Il voit un ordre là où il y a une faveur, un privilège, une marque d'amour et de confiance. Il est fils, mais il se sent serviteur ou esclave. Il vit sa filialité comme une servitude, et non comme une liberté. Il ne peut donc que chuter. Il croit qu'il suffit de dire oui pour obéir. Il croit que l'obéissance verbale, celle des mots, cache la désobéissance des gestes.

Cette parabole est en fait un message de consolation. Elle montre que la révolte n'est pas nécessairement définitive, et qu'elle peut déboucher sur le remords et la conversion. C'est une parabole d'espérance, car Dieu est un Dieu d'espérance. Il espère envers et contre tout que le pécheur reviendra à lui et qu'il pourra le sauver.


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